SASU : définition, fonctionnement et avantages

La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) est une SAS détenue par un associé unique. Elle limite la responsabilité de l’entrepreneur à ses apports et place son dirigeant, le président, au régime des assimilés salariés de la Sécurité sociale. Le capital social est libre dès 1 euro et les statuts se rédigent presque sans contrainte. Ce guide fait le point sur le fonctionnement, la rémunération, la fiscalité et les cas où la SASU n’est pas le bon choix, avec les repères en vigueur en 2026.

La SASU en un coup d’œil

Critère SASU
Associés 1 seul, personne physique ou morale
Capital minimum 1 euro (libre)
Responsabilité Limitée aux apports
Dirigeant Président, assimilé salarié
Impôt par défaut Impôt sur les sociétés (option IR possible 5 ans)
Dividendes Pas de cotisations sociales (prélèvements sociaux et impôt dus)
Évolution Passage en SAS à l’arrivée d’un associé

Qu’est-ce qu’une SASU ?

La SASU n’est pas une forme juridique distincte : c’est la version à associé unique de la SAS. Elle suit donc les mêmes règles de fonctionnement que la société par actions simplifiée avec la même souplesse. L’associé unique détient 100 % du capital. Il peut être une personne physique (le cas le plus fréquent) ou une société, ce qui en fait aussi un outil de filiale.

Le président peut être l’associé lui-même ou un tiers désigné par les statuts. Dans la pratique des créateurs en solo, l’associé unique est aussi son propre président. Les décisions d’associé unique se consignent par écrit, sans assemblée générale à convoquer. L’approbation annuelle des comptes reste cependant obligatoire dans les six mois suivant la clôture de l’exercice.

Quels sont les avantages de la SASU ?

  • Responsabilité limitée : le patrimoine personnel est protégé en principe, sauf faute de gestion ou caution personnelle donnée à une banque.
  • Capital libre : aucun minimum au-delà de 1 euro, avec un dépôt sur compte bancaire professionnel.
  • Statuts sur mesure : organisation, pouvoirs du président et conditions de cession se fixent librement.
  • Protection sociale du régime général : maladie, maternité, retraite de base et prévoyance, sans passer par le régime des indépendants.
  • Dividendes sans cotisations sociales : contrairement à la gérance majoritaire d’une EURL, les dividendes de SASU échappent aux cotisations sociales.
  • Crédibilité : la forme sociétaire rassure banques, clients et fournisseurs.
  • Évolutivité : l’entrée d’un nouvel associé transforme la SASU en SAS sans création d’une nouvelle société.

Quels sont les inconvénients de la SASU ?

  • Protection sociale coûteuse : un salaire entraîne des cotisations patronales et salariales élevées. Le coût total pour la société approche souvent le double du net perçu.
  • Pas d’assurance chômage automatique : le président assimilé salarié ne cotise pas à France Travail et n’a donc pas de droits propres. Seuls des droits issus d’un ancien emploi salarié peuvent se maintenir sous conditions.
  • Formalités et coûts : statuts, annonce légale, immatriculation, comptabilité d’engagement et dépôt annuel des comptes.
  • Retraite faible sans salaire : sans rémunération soumise à cotisations, aucun trimestre n’est validé.
  • Fermeture plus longue : la dissolution puis la liquidation suivent une procédure formelle, plus lourde qu’une cessation d’entreprise individuelle.

Comment fonctionne la rémunération du président de SASU ?

Le président peut ne pas se payer du tout, se verser un salaire, des dividendes ou combiner les deux. Aucun salaire n’est obligatoire dans une SASU, y compris pour le président associé, ce qui laisse une vraie liberté de trésorerie.

Le salaire du président

Le président assimilé salarié cotise au régime général sur sa rémunération, hors assurance chômage. Les cotisations sont réparties entre la société et le président. Elles ouvrent des droits à la retraite de base, aux indemnités journalières maladie et à la retraite complémentaire (régime AGIRC-ARRCO). Pour valider un trimestre de retraite, il faut cotiser sur l’équivalent de 150 heures de SMIC, soit environ 1 800 euros brut par trimestre. Valider quatre trimestres par an demande donc un salaire annuel modeste mais réel.

Les dividendes

Les dividendes sont versés à l’associé unique après approbation des comptes et sur les bénéfices distribuables. Ils ne supportent pas de cotisations sociales mais sont soumis à la flat tax (prélèvement forfaitaire unique), qui comprend l’impôt sur le revenu à 12,8 % et les prélèvements sociaux. Le taux global était de 30 % jusqu’en 2025. La hausse de la CSG sur les revenus du capital l’a porté à 31,4 % en 2026 pour la plupart des dividendes. Vous pouvez opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu si cela vous est plus favorable.

Salaire ou dividendes : comment arbitrer ?

  • Un salaire coûte cher en cotisations mais construit une protection sociale et des droits à la retraite. Il est déductible du résultat de la société.
  • Des dividendes coûtent moins en prélèvements immédiats mais n’ouvrent aucun droit social. Ils ne sont pas déductibles et sont versés après impôt sur les sociétés.
  • La combinaison la plus répandue consiste à se verser un salaire minimal pour valider ses trimestres puis à compléter par des dividendes.

Le bon dosage dépend du bénéfice, de la situation familiale et de vos objectifs de retraite. Un expert-comptable peut simuler plusieurs scénarios avec vos chiffres réels avant de choisir.

Quelle fiscalité pour une SASU en 2026 ?

Par défaut, la SASU est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique aux premiers 42 500 euros de bénéfice sous conditions : chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques.

La SASU peut opter pour l’impôt sur le revenu pendant cinq exercices maximum, à condition d’avoir moins de cinq ans d’existence, moins de 50 salariés et un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros. Dans ce cas, le bénéfice est imposé au nom de l’associé unique, que l’argent soit distribué ou non. Cette option reste rare. Elle sert surtout à imputer des pertes de démarrage sur ses autres revenus.

La TVA suit les règles habituelles : franchise en base possible sous les seuils de chiffre d’affaires, sinon déclarations régulières. La cotisation foncière des entreprises est due à partir de la deuxième année.

Comment créer une SASU ?

  1. Rédiger les statuts : dénomination, objet social, siège, durée (99 ans maximum), capital, nom du président, règles de cession.
  2. Déposer le capital : sur un compte bancaire professionnel ou chez un notaire. L’attestation de dépôt est demandée pour l’immatriculation.
  3. Publier une annonce légale : dans un journal habilité du département du siège. Son prix varie selon la longueur du texte et la région.
  4. Déclarer les bénéficiaires effectifs : formalité obligatoire, faite en même temps que le dossier d’immatriculation.
  5. Déposer le dossier au guichet unique : en ligne, avec statuts, justificatif de domiciliation, pièce d’identité du président, attestation de non-condamnation et déclaration de bénéficiaires effectifs.
  6. Recevoir le Kbis : l’immatriculation intervient quelques jours après un dossier complet.

Comptez de quelques centaines à quelques milliers d’euros de frais selon que vous passez par une plateforme en ligne ou un juriste et selon la domiciliation choisie. Vous pouvez domicilier votre SASU à votre domicile sous réserve que le bail ou le règlement de copropriété l’autorise.

SASU ou EURL : laquelle choisir ?

L’EURL est l’autre société à associé unique. Le choix se joue principalement sur la protection sociale et le coût des cotisations.

Critère SASU EURL (gérant associé unique)
Régime social du dirigeant Assimilé salarié Indépendant (TNS)
Cotisations Élevées, protection étendue Plus faibles, protection moindre
Dividendes Sans cotisations sociales Cotisations au-delà de 10 % du capital social
Souplesse des statuts Très grande Encadrée par le Code de commerce
Impôt IS (option IR 5 ans) IR par défaut (option IS)
Évolution vers plusieurs associés Simple Transformation en SARL

La SASU convient mieux à celui qui prévoit de se verser peu de salaire et plus de dividendes ou qui veut une bonne couverture sociale. L’EURL est souvent plus économique pour un entrepreneur qui se rémunère surtout par un revenu régulier et accepte une protection moindre.

SASU ou micro-entreprise : quand passer en société ?

La micro-entreprise est simple à gérer mais plafonnée en chiffre d’affaires et ne protège pas le patrimoine personnel. Passer en SASU a du sens quand l’activité dépasse les plafonds ou quand les charges réelles sont élevées : la déduction au réel devient alors plus favorable qu’un abattement forfaitaire. La SASU s’impose aussi quand vous voulez séparer votre patrimoine de votre activité. Prévoyez le coût de la comptabilité, qui devient obligatoire.

Pour qui la SASU est-elle adaptée ?

  • Consultants et freelances dont les marges sont élevées et qui veulent un statut de salarié.
  • Créateurs de startup seuls au départ, qui prévoient l’arrivée d’associés ou d’investisseurs.
  • Holdings et filiales : la société mère est l’associé unique.
  • Entrepreneurs ayant besoin d’une protection sociale solide pour leur famille, leur prévoyance et leur retraite.

Elle convient moins aux activités à faible marge, où les charges sociales sur le salaire pèsent trop ou à ceux qui préfèrent un régime sans comptabilité d’engagement.

Les obligations de gestion au quotidien

Une SASU doit tenir une comptabilité complète, établir des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) et les faire approuver. Le dépôt des comptes au greffe est annuel. La société déclare aussi sa TVA, paie l’IS par acomptes et verse les cotisations sur les salaires. Un commissaire aux comptes n’est obligatoire que si la société dépasse deux seuils sur trois (1 million d’euros de total de bilan, 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, 20 salariés) ou si elle contrôle d’autres sociétés. Le dirigeant doit aussi séparer ses comptes personnels et professionnels : le mélange expose à des redressements et peut engager sa responsabilité.

Que devient la SASU quand un associé arrive ou quand l’activité s’arrête ?

Quand un second associé entre au capital par cession de parts ou augmentation de capital, la SASU devient une SAS pluripersonnelle sans changer de numéro d’immatriculation. Les statuts doivent alors être mis à jour. À l’inverse, une SAS dont tous les titres passent entre les mains d’une seule personne devient une SASU.

Pour arrêter l’activité, l’associé unique décide de la dissolution et nomme un liquidateur (souvent lui-même). La clôture de la liquidation est publiée puis la société est radiée. Si la société est en cessation de paiements, la procédure relève du tribunal de commerce. En cas de décès, les héritiers deviennent associés et les statuts peuvent prévoir les modalités de continuation de la société.

Les erreurs fréquentes des créateurs de SASU

  • Se verser des dividendes sans bénéfice distribuable : la distribution est irrégulière si les comptes ne la permettent pas.
  • Confondre comptes personnels et professionnels : risque de redressement et de mise en cause de la responsabilité du dirigeant.
  • Négliger la retraite : aucun salaire pendant dix ans, c’est aucun trimestre validé grâce à la société.
  • Choisir la SASU uniquement pour la fiscalité : la protection sociale et la comptabilité pèsent aussi dans l’équation.
  • Oublier l’assurance chômage : prévoyez une épargne de précaution ou un contrat privé.

Questions fréquentes sur la SASU

Une SASU peut-elle avoir plusieurs associés ?

Non : à partir de deux associés, la société est une SAS. La transformation est automatique mais les statuts doivent être adaptés.

Le président de SASU a-t-il droit au chômage ?

Il ne cotise pas à l’assurance chômage en tant que président assimilé salarié. Selon son parcours, il peut conserver des droits issus d’un emploi salarié antérieur, ce qui se vérifie auprès de France Travail.

Peut-on cumuler SASU et emploi salarié ?

Oui, sous réserve de la clause d’exclusivité ou de non-concurrence de votre contrat de travail. Un accord avec l’employeur est parfois nécessaire.

Une SASU peut-elle lever des fonds ?

Oui : elle peut émettre des actions et accueillir des investisseurs, ce qui la transforme en SAS. C’est l’un de ses atouts face à l’EURL.

Quel est le coût annuel d’une SASU ?

Il dépend surtout des honoraires comptables, de la banque et des cotisations. Demandez plusieurs devis d’experts-comptables avant de vous engager.

Le choix d’une SASU se décide sur vos chiffres : marge visée, besoin de protection sociale et projets d’association. Un échange avec un expert-comptable ou un juriste avant de signer les statuts évite la plupart des mauvaises surprises.

Marc Delaunay

Rédacteur en chef, Le Mag Entreprise

Rédacteur en chef du Mag Entreprise, il suit la gestion, l'équipement et le quotidien des TPE et PME.

✓ Article relu et vérifié par l’équipe éditoriale de Le Mag Entreprise le 10 octobre 2026.